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La fuite

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Deux branches de persil fuient un grand danger.

Une image en écho au livre de Cormac McCarthy, The Road, Editions de l’Olivier, 2008 (La route, pour les moins anglophones)

Et puis un récit commencé en voyage, il y a quelques années, et aujourd’hui parfaitement inachevé.

Ils sont partis à bord d’une vieille machine, comme ceux qui partent pour ne jamais arriver. Ils prirent une route à l’est, filèrent jusqu’à la rivière et jusqu’au pont. Cela ressemblait à une fuite, mais sans l’urgence. Peut-être qu’au fond, ils voulaient être rattrapés, empêchés. Ceux-là qui auraient du venir, les jours et les lunes suivantes ne vinrent jamais. Il y eu donc un temps où chaque mètre qui les éloignait de la maison était aussi un regard en arrière, parfois même, les jours de pluie, cela ressemblait à des sanglots.

Ils furent assaillis par la fatigue et la vermine, il burent une eau amère et infectée. Ils firent de mauvais rêves où la mort se présentait sous les traits d’un enfant froid et réclamait dans une plainte lancinante leurs dents de lait. Leur veille n’en était pas moins sombre, leur soleil pas moins noir. Ils trébuchèrent sur des cadavres de boucs et brûlèrent des os blancs pour faire fuir les ombres, les mouches et la peur. Sous un arbre nu comme en hiver leurs yeux gris virent un singe tirer le pied d’un pendu pour faire sonner une cloche de la vallée.

Il lui dit de ne pas s’en faire, que le froid ce n’est rien, que le vent sec et la nuit ce n’est rien. Que la douleur, la tristesse, la solitude, que tout cela n’est rien. Il lui dit que ce qui compte c’est le passage, que la seule chose qui compte dans ce désert qui ressemble à l’enfer c’est la porte. Elle voulait le croire même si elle savait que sa parole était un cerf-volant arraché de ses mains par la tourmente. Elle avait toujours su qu’il choisirait pour eux la route des ruines et du sel et qu’un jour il aurait le dos tellement voûté qu’elle ne verrait plus son visage. Mais chaque jour sa peau devenait plus douce et elle voyait parfois au fond de son regard absent luire encore la colère et l’ironie.

 

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